• chiennes de garde

    Manifeste et Halte à la violence sexiste

    Manifeste du 8 mars 1999

    Nous vivons en démocratie. Le débat est libre, mais tous les arguments ne sont pas légitimes. Toute femme qui s'expose, qui s'affirme, qui s'affiche, court le risque d'être traitée de "pute" ; si elle réussit, elle est souvent suspectée d'avoir "couché". Toute femme visible est jugée sur son apparence et étiquetée : "mère", "bonne copine", "bonne à tout faire", "lesbienne", "putain", etc.

    Ça suffit !
    Nous, chiennes de garde, nous montrons les crocs.
    Adresser une injure sexiste à une femme publique,
    c'est insulter toutes les femmes.
    Nous nous engageons à manifester notre soutien
    aux femmes publiques attaquées en tant que femmes
    .Nous affirmons la liberté d'action et de choix de toutes les femmes.
    Nous, chiennes de garde, nous gardons une valeur précieuse :
    la dignité des femmes.
    À bons entendeurs, salut,
    Ensemble, élevons le débat

    REJOIGNEZ-NOUS !
    ***

    Halte à la violence sexiste
    le 8 mars 1999

    En France, toutes les femmes politiques d'aujourd'hui ont reçu des injures sexistes, inscrites sur leurs affiches, hurlées dans des lieux publics ou au téléphone : "connasse", "salope", "putain", etc. Dans un pays si fier de sa tradition de galanterie, qu'on peut aussi analyser comme une face aimable du sexisme, toute femme qui prend des initiatives court le risque d'être traitée ainsi (prostituée signifie à l'origine ex-po-sée).

    Simone Veil a été insultée quand elle a défendu en 1974 la loi sur l'avortement, clef de la liberté des femmes. Ensuite, d'autres femmes publiques, comme Yvette Roudy en 1983, quand elle a voulu faire adopter une loi anti-sexiste, Edith Cresson, Première ministre, ou Nicole Notat, dirigeante de la CFDT, ont subi des attaques sexistes, c'est-à-dire dont la violence les visait en tant que femmes.

    Récemment, des machos ont ricané du "concert des vagins" pendant que la députée Roselyne Bachelot s'apprêtait à parler, et d'autres ont hurlé à la ministre Dominique Voynet d'enlever son slip. Sans considération pour leurs compétences, les femmes politiques - les autres aussi - sont trop souvent jugées sur leur seul aspect physique ("canon" ou "tas") et assimilées à une fonction liée à la sexualité : la "mère", la "bonne copine", la "lesbienne", la "pute", etc.

    Jusqu'à 1974, il semble que les très rares femmes politiques n'aient pas été traitées avec une telle violence. Après la guerre, elles étaient presque toutes issues de la Résistance, ce qui a pu contribuer à les faire respecter. Le nouveau féminisme des années soixante-dix, qui proclamait "Notre corps nous appartient" et "Le privé est politique", a réactivé le courant antiféministe, toujours virulent en France. Aujourd'hui comme hier, ici comme ailleurs (en Algérie, en Iran, en Afghanistan, etc.), ceux qui ne parviennent pas à admettre la légitimité des femmes à participer aux décisions à égalité avec les hommes utilisent la violence comme une arme destinée à rendre toutes les femmes invisibles et muettes.

    Dans les autres pays occidentaux, les femmes politiques ne sont pas agressées avec autant de machisme. À quoi tient cette exception française ? Serait-elle en relation avec l'exclusion des femmes par la République ? C'est seulement le 21 avril 1944 que les Françaises ont obtenu le droit de vote, 96 ans après le suffrage dit "universel". À la différence des pays voisins, leur place dans les assemblées élues est dérisoire.

    L'affaire Caillaux (1914) ou le suicide de Roger Salengro (1936) témoignent du degré de violence atteint autrefois par des insultes échangées entre hommes politiques, ainsi que par des procédés de journaux employant tous les moyens pour abattre l'adversaire. Après la guerre, l'évolution des mentalités et le recours croissant à la justice ont entraîné un certain contrôle de l'expression dans le débat démocratique entre hommes. Et les femmes ? De 1981 à 1986, la ministre Yvette Roudy a beaucoup oeuvré pour elles, mais elle a échoué à faire adopter une loi anti-sexiste, conçue sur le modèle de la loi anti-raciste de 1972. Aujourd'hui, c'est à nous, femmes et hommes agissant pour la liberté, l'égalité, la fraternité et la tolérance, de faire entendre notre voix. Nous demandons le vote d'une loi contre le sexisme. Nous demandons un ample travail de réflexion, d'éducation et de prévention. Nous voulons vivre dans une société où nous pourrons agir librement, dans le respect de l'autre et en bénéficiant nous-mêmes de respect.

    La sagesse serait sans doute d'"être économe de son mépris, en raison du si grand nombre de nécessiteux", mais est-il raisonnable d'espérer que les mentalités évolueront d'elles-mêmes, grâce à l'effet bénéfique du processus de civilisation ? Et si nous activions ce processus !

    Adresser une injure sexiste à une femme politique, c'est insulter toutes les femmes. Il est temps de dire non et de montrer les crocs.
    Ensemble ! L'union fait la force.
    8 mars 1999

    Chiennes de garde et fières de l'être !



    j'ai etudié ce texte aujourd'hui en français, je connaissais deja ce mouvement feministe :) et les chiennes de garde : ce texte ma plus alors voila :)


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